Faire bonne impression

Lors d'un séjour au Japon, terre du papier par excellence, je n'ai pas pu m'empêcher d'aller faire un tour au musée de l’imprimerie de Tokyo. L’établissement se donne pour ambition de démontrer l’importance que revêt l’imprimé dans notre vie quotidienne, tout en redéfinissant le rôle de l’impression dans un monde immatériel.



La Bible, des règles diocésaines et de petites presses

Situé dans le quartier de Iidabashi, le musée se situe en rez-de-chaussée et au sous-sol de l’entreprise Toppan Printing, qui a ouvert ses portes en 1900. À l’époque imprimerie de typographie et de lithographie sur cuivre au service de l’essor de la culture et de l’édition, l’établissement s’aligne sur les demandes contemporaines en proposant notamment une librairie en ligne, un service d’archivage numérique ou encore une bibliothèque mobile venant compenser les pertes culturelles engendrées par les catastrophes naturelles, nombreuses au Japon.


Après avoir essayé de communiquer avec la chargée d’accueil (dans une langue hésitant entre le japonais, le français, l'anglais, et peut-être même un peu de javanais), direction le sous-sol, où se trouve l’exposition permanente du musée, et où l’on tombe nez à nez avec une copie de la Bible de Gutenberg. Cet incunable en trois volumes, imprimé à l’aide de caractères mobiles sur des colonnes de quarante-deux lignes, a été achevé en 1455. Le Japon en possède un exemplaire, précieusement gardé à l'université de Keio, à Tokyo.


Passée cette découverte, vous pouvez circuler librement dans l’exposition permanente du musée, qui raconte les cinq grandes périodes de l’histoire de l’imprimerie, de la naissance de l’artisanat à nos jours. On y aperçoit notamment un fac-similé d’une des premières affiches imprimées en Occident (ou reconnue comme telle) : des règles diocésaines reproduite par l’imprimeur William Caxton, et portant la mention latine « ne pas arracher ».

On se promène aisément et avec délice entre les lithographies, les caractères mobiles occidentaux et japonais, une réplique de presse Plantin et un linotype. Les imprimés japonais, porteurs des mythologies anciennes, sont fascinants... Des vidéos disponibles en version multilingue permettent de prolonger le regard pour mieux découvrir toutes les facettes de cet art que l’on soupçonne encore d'être en voie de disparition.


Enfin, quatre petites presses mobiles vous permettent de mettre la main à la patte et d’imprimer votre calendrier japonais en différentes couleurs, à partir d’une matrice quasi-vierge.

Voyez-vous ces signes qui représentent les jours ? Ils reprennent des éléments de la nature (le bois, le feu, l'eau...)

Au-delà du musée : la "printing house"

Au-delà de l’exposition permanente, j’avais surtout en tête de participer à la visite de la « printing house », petite salle jouxtant la pièce principale du musée. Les larges baies vitrées laissent aux visiteurs la possibilité d’admirer une magnifique presse anglaise du 19e siècle, parée d’une tête d’aigle dorée. Aux alentours, quelques petites mains composent des lignes, méthodiquement.

La visite de l’atelier est dispensé en anglais et, après avoir parcouru les rangées infinies de caractères mobiles japonais, nous avons la possibilité de manipuler une presse à bois — en ressort une affiche colorée — et une presse typographique, nous donnant là deux jolis souvenirs imprimés de notre passage.





Si vous êtes un.e passionné.e des arts graphiques, foncez ! Il est toujours émouvant de voir que de si vieilles machines, qui ont révolutionné notre façon de communiquer, fonctionnent encore et produisent des documents d'une qualité et d'une beauté rares.

Si vous aussi vous voulez faire bonne impression, respectez les consignes des miradors du musée, qui m'ont bien fait comprendre que prendre des photos était à la limite de la légalité !



Le musée de l'imprimerie

印刷博物館

1-3-3 Suido, Bunkyo-ku, Tokyo, Japan

Ouvert de 10h à 18h. Fermé le lundi

300 ¥ (environ 2,50€)

Visite de l'atelier (en anglais ou en japonais) : les mardis et mercredis après-midi.

Pour plus d'informations : https://www.printing-museum.org/en/bottega/


Sources

https://www.printing-museum.org/en/

https://www.gotokyo.org/fr/spot/457/index.html

Toute opinion m'est propre.

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Cécile Rouyer

Designer graphique indépendante engagée pour l'éducation et l'accessibilité des savoirs

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